« Les Nains des mines »

Fleuron historique du patrimoine traditionnel humanoïde breton

Préface à la réédition de 2005 :


C’est un honneur toujours renouvelé que de présenter à un public sans cesse élargi et rajeuni cet inestimable fleuron du patrimoine culturel humanoïde de notre région que sont les « Nains des mines ».

Recueilli auprès d’une vieille mineuse naine résidant dans les galeries d’exploitation du site argentifère du Huelgoat, ce morceau présente la particularité, étonnante dans cette location géographique, de n’être composé en aucune langue naine, ni en bas-breton, mais, au contraire, en langue française de dialecte gallo.

Son lien indéfectible avec le reste du patrimoine breton de tradition gallèse, dont il est indéniablement une part intégrante tout en l’enrichissant de son particularisme différencié, est d’ailleurs attesté par sa musique, qui se retrouve aussi en des chants humains plus récents, lesquels, comme les célèbres « filles des forges », s’en sont sans nul doute largement inspirés.

La mention, dès le premier couplet, de la Moria, patrie mythique de la Nanité, en est d’autant plus remarquable en ce qu’elle prouve avec quelle persistance les croyances naines les plus fondamentales sont restées vivaces même parmi de très petites communautés de cette noble espèce humanoïde, y compris celles que les migrations des siècles passés et la recherche de minerais ont dispersé jusqu’à l’extrémité de notre belle péninsule armoricaine.

L’ancienneté du chant est tout aussi clairement attestée par deux éléments archaïques, dont la vigueur première s’est sans doute affaiblie au fil des générations mais qui restent encore reconnaissables dans le texte tel qu’il nous est parvenu : une référence à un « clerc biclassé » et une autre à des « donjons », formulations dans lesquelles les spécialistes en archéoludisme s’accordent à reconnaître l’influence des règles d’AD&D, ce qui nous ramène bien évidemment à la plus haute antiquité rôliste dans cette partie du monde.

Malgré son importance historique et littéraire, ce texte ne fut, à notre connaissance, publié pour la première fois, sous sa forme ci-dessous, que dans l’avant-dernière décennie du vingtième siècle, d’abord par la Guilde de Bretagne de jeux de simulation, puis par le Goblins’ Wildlife Fund (GWF).

Certains passages peuvent aujourd’hui sembler discriminatoires, voire insultants, envers nos compatriotes d’origine orque ou elfique. On aurait tort pourtant de s’en formaliser, puisque bien sûr il ne s’agit pas là d’une quelconque résurgence de haines anciennes, de conflits passés, de tristes antagonismes, mais seulement d’une brève évocation d’évènements héroïques depuis longtemps entrés dans la légende, et dont le lointain souvenir ne peut plus nuire en rien à l’esprit de cohabitation fraternelle qui rassemble à présent Nains, Orques, et Elfes, aux côtés des autres espèces humanoïdes et de l’humanité elle-même, dans cette grande intégration citoyenne dont la vocation universelle éclaire l’avenir du monde et qui est désormais devenue la meilleure garante de l’unité de la République et de la gloire de la Nation.

Patris Meallier


(sur l’air des “filles des forges”)

Diguedignedondon ce sont les Nains des mines,
Diguedignedondon ce sont les Nains des mines,
Des mines de Moria, diguedignedondaine,
Des mines de Moria, diguedignedonda,
Des mines de Moria, diguedignedondaine,
Des mines de Moria, diguedignedonda !

Diguedignedondon (ils) s’en vont trouver leur clerc,
(bis)
Biclassé forgeron, diguedignedondaine,
Biclassé forgeron, diguedignedondon.
(bis)

Diguedignedondon contez-moi vos prouesses,
(bis)
Dans vos derniers donjons, diguedignedondaine,
Dans vos derniers donjons, diguedignedondon.
(bis)

Diguedignedondon nous avons tué mille Orques,
(bis)
Occis deux cent démons, diguedignedondaine,
Occis deux cent démons, diguedignedondon.
(bis)

Diguedignedondon voici de beaux faits d’armes,
(bis)
Quelles furent vos distractions, diguedignedondaine,
Quelles furent vos distractions, diguedignedondon ?
(bis)

Euh... Diguedignedondon... nous capturions des Elfes...
(bis)
...Et... les... sodomisions, diguedignedondaine,
Et les sodomisions, diguedignedondon !
Et les sodomisions, diguedignedondaine,
Et les sodomisions, diguedignedondon !!!


Notes :

Comme pour toute poésie populaire, il peut exister divers arrangements musicaux, et diverses manières de chanter les « Nains des mines ».

A la manière d’autres chants bretons, il est possible, et moins fatigant, de chanter en se répondant : un ou plusieurs chanteurs entonnent le premier vers de chaque couplet, les autres répondent en le répétant (ce qui est le second vers), puis le ou les premiers chantent les 3e et 4e vers, et les autres les répètent (chantant ainsi les 5e et 6e vers).

En principe, le second vers de chaque couplet se chante sur le même ton que le premier (dont il est la répétition). Par contre, et comme pour les “filles des forges”, il est préférable de chanter les 5e et 6e vers sur un ton différent du 3e et du 4e. L’effet en est alors bien plus joli. Ceci peut toutefois être négligé en initiation, lorsque trop peu de chanteurs connaissent la chanson.

Les chanteurs peuvent également s’adapter aux évènements décrits par les paroles : par exemple, au quatrième couplet, en chantant fièrement lorsqu’ils parlent de leurs ennemis tués ; et d’un air admiratif, puis soupçonneux, lorsque le clerc-forgeron s’exprime dans le cinquième couplet ; puis, au sixième couplet, d’une voix d’abord lente et hésitante (les Nains étant un peu gênés), qui s’accélère brusquement à « sodomisions » et conclut la chanson à un rythme effrené. Il est d’ailleurs possible de répéter de nombreuses fois, sur des tons différents et jusqu’à épuisement total de l’assistance, les tout derniers vers du sixième couplet.

Il est possible également de chanter les « Nains des mines » en canon, ou d’autres façons originales. De même, les chanteurs peuvent mimer tous les évènements décrits, ce qui contribue alors à rendre l’ambiance hautement festive, notamment à la fin. Par ailleurs, il peut exister des variantes différentes ou locales de ce très vieux chant traditionnel.